Cela faisait bien longtemps que le chat sauvage s’était installé dans cette maison de campagne.

Aussi loin qu’il pouvait se souvenir, il pensait être né dans un champ pas très éloigné de celle-ci et avait vite été attiré par la lumière. Affamé et fragile, luttant comme il pouvait pour sa survie, il s’était fait entendre un soir, miaulant de toutes les faibles forces qui lui restaient, en attendant un miracle.

Ce fut de drôles de créatures qui sortirent de cette immense maison. Des animaux qui prenaient soin de se couvrir le corps avec du tissu et marchaient seulement sur deux pattes ! Méfiant comme tout chaton sauvage l’aurait été à sa place, ce dernier s’était caché dans un buisson pour rester invisible à ces drôles de créatures bien plus grandes que lui. Mais ces êtres humains semblaient très malins et surtout fort généreux. Car, bien que ne le voyant pas, ils lui apportèrent une coupelle de lait, qui, il fallait bien l’admettre, allait lui sauver la vie.

Pas téméraire pour deux sous, le chat sauvage décida de rester caché dans ce buisson, en attendant de voir ce qu’il allait se passer par la suite. Et à sa grande satisfaction, ces gentils humains lui rapportèrent une nouvelle fois du lait. C’est ainsi que le chat décida de rester définitivement dans le jardin de cette maison de campagne.

Bien sûr, il avait fini par se montrer, car il était évident que ces humains ne constituaient aucune menace pour lui. Ils le nourrissaient chaque jour, avec de la délicieuse pâtée ou parfois des croquettes. Mais comme il fallait s’en douter, il y avait un prix à payer contre ce grand dévouement : les humains semblaient vouloir le domestiquer ! Ils essayaient régulièrement de le faire rentrer dans la grande maison, lui ayant même préparé une litière…

C’était sans compter la volonté farouche du chat à vouloir à tout prix rester sauvage. Même s’il n’était pas contre une ou deux caresses de temps en temps, pas question d’abandonner cette indépendance que le chat n’aurait échangé contre rien au monde. Le temps passa ainsi : parcourant l’essentiel de son temps la campagne alentour, le chat qui voulait rester sauvage, se manifestait aux humains uniquement lorsqu’il avait faim. Que demander de mieux ? Il était toujours nourri, avant même d’avoir faim, et avait un endroit chaud pour dormir, dans la petite cabane du jardin qui le mettait à l’abri des prédateurs lorsqu’il dormait.

Parfois même, il pouvait se permettre le luxe de mordre la main qui le nourrissait, pour exprimer son mécontentement, sans que ça semble vraiment irriter qui que ce soit…

Mais un jour, le chat sauvage compris que cette vie rêvée allait probablement prendre fin. Les humains se préparaient à déménager et il devenait évident qu’il allait lui être demandé de faire un choix.

Fallait-il les suivre et ainsi, renoncer à l’état sauvage ? Ou bien rester indépendant et compter uniquement sur ses quatre pattes pour essayer de survivre dans cette campagne hostile ? Pouvait-il offrir toute sa confiance à ces humains qui n’avaient jusque-là, jamais manqué de le nourrir ou au contraire, pouvait-il espérer que tous ses instincts de chasseur lui permettraient de vivre confortablement ?

Finalement, le chat décida de ne pas les suivre et de tenter sa chance tout seul. Car il était sûr d’une chose : les humains n’étaient pas de son espèce et il ne pourrait en définitive, ne compter que sur lui-même pour survivre.
Les jours passèrent plus difficilement dès cet instant. Il n’arrivait pas toujours à attraper une proie et lorsque c’était le cas, elle n’était pas toujours rassasiante.

Bien qu’il soit fort, rapide et agile, il devait se cacher la nuit et se terrer pour ne pas finir croqué à son tour, par un chien sauvage ou un rapace. Rien que le fait de trouver un peu d’eau, l’obligeait parfois à parcourir des kilomètres, pas toujours avec succès. Plus de repos, plus de tranquillité : il fallait sans arrêt chasser, se cacher ou se défendre. Sans compter le fait de rester en permanence en mouvement pour survivre…

Un jour il croisa le chemin d’un autre chat sauvage, plus jeune et plus fougueux que lui. Et comme il n’avait pas envie de se battre, car beaucoup trop fatigué, il décida d’essayer de sympathiser.

« Où te rends-tu l’ami ? » Lui demanda-t-il.

« Vers l’ouest. Il paraît qu’il y a un humain là-bas, qui t’offre repos, nourriture et paix sans rien exiger en retour. Même pas fidélité ! »

« Et comment sais-tu ça ? »

« Oh, c’est une légende qui, de là d’où je viens, se raconte entre chats rêveurs. Aucun n’a de réelles preuves de cette légende, mais moi, j’ai choisi d’y croire. »

Le chat sauvage avait le sourire en écoutant ce jeune chat parler de ce qu’il ne connaissait pas…

« Et si jamais tu trouvais cet humain, serais-tu prêt à sacrifier ton indépendance pour être domestiqué ? Voudrais-tu vraiment abandonner ta nature de chasseur ? »

Le jeune chat fût surpris de cette question.

« Ma foi, je crois bien que oui ! Que pourrais-je bien regretter dans le fait d’avoir tout ce dont j’ai besoin en réalité ? »

« Et toi, dis-moi » continua le jeune chat fougueux. « Avec ta sale mine de vieux chat errant, n’en as-tu pas assez de devoir toujours chasser ? »

Ce texte est un extrait de mon livre : Tout le monde devrait pouvoir réaliser un miracle :

Stéphane Lamur  

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