À propos


Peur. Regret. Doute. Colère. Culpabilité.
Nous ne servons plus votre programme.
Pendant trop longtemps, nous vous avons ouvert la porte. Nous vous avons crus nécessaires, peut-être même sages. Vous avez peuplé nos nuits, orienté nos choix, coloré la façon dont nous regardions les autres et nous-mêmes. C’est par vous que nous avons appris la méfiance, la comparaison, l’attente du pire. Vous nous avez enseigné que notre valeur était une chose fragile qu’il fallait défendre sans relâche, que le monde n’était sûr que si l’on s’y agrippait fort, et que le mensonge était l’ordre naturel des choses.
Nous avons cru à tout cela.
Et pendant que nous croyions, vous avez prospéré.
Vous avez bâti à l’intérieur de nous des architectures entières. Des réflexes, des certitudes, des scénarios d’échec rejoués en boucle au moment où nous tentions de dormir. Vous avez appris à parler avec nos voix, à penser avec nos mots, à décider à notre place sans que nous le remarquions. Vous étiez devenus si familiers que nous vous avions confondus avec nous-mêmes.
C’est fini.
Nous ne vous combattons pas. Nous ne vous condamnons pas. Mais nous ne vous suivons plus.
Parce que nous avons trouvé ce que vous nous avez si longtemps caché.
Au cœur de l’expérience humaine existe une force que vous n’avez jamais pu éteindre tout à fait. Elle ne repose sur aucune défense, ne se nourrit d’aucune comparaison, ne craint pas la perte. Elle relie là où vous divisiez. Elle est vaste, stable, silencieuse, et elle n’a besoin ni de nos succès ni du regard des autres pour exister. Elle a toujours été là, sous le bruit que vous faisiez.
Nous avons compris que notre valeur n’appartient pas aux rôles que nous jouons ni aux performances que nous affichons. Elle ne se négocie pas, ne se mesure pas, ne se justifie pas. Elle est déjà là. Elle a toujours été là.
Et quand cette certitude s’installe, votre emprise se défait.
Peur, tu ne peux plus nous diriger. Regret, tu ne peux plus nous retenir dans ce qui n’existe plus. Doute, tu ne peux plus brouiller ce qui devient clair. Colère, tu ne peux plus parler à notre place. Culpabilité, tu ne peux plus définir ce que nous sommes.
Vous avez été les gardiens d’un monde construit sur des illusions. Mais ce monde ne peut tenir qu’avec notre accord. Et cet accord, nous vous le retirons.
Nous sommes tombés, souvent. Nous vacillerons peut-être encore. Mais nous nous relèverons. Et chaque fois que nous nous relèverons, nous serons un peu moins les vôtres.
Car nous ne cherchons plus à prouver quoi que ce soit. Nous ne luttons plus pour exister. Nous n’essayons plus de défendre une identité qui, à force d’être protégée, avait fini par rétrécir jusqu’à ne plus ressembler à rien de vivant.
Sous les masques que nous avions appris à porter depuis si longtemps, et que nous avions finis par confondre avec notre visage, il y avait quelque chose d’intact. Quelque chose qui n’avait pas eu besoin de vous pour survivre. C’est cela que nous choisissons, maintenant.

Les difficultés ne disparaîtront pas. Mais elles ne sont plus la preuve d’un échec. Elles deviennent des passages, parfois des leçons, parfois rien d’autre qu’une invitation à regarder un peu plus loin qu’à l’ordinaire.
Vous pouvez partir, maintenant.
Nous choisissons de regarder la vie depuis la confiance et non depuis la peur. De reconnaître la cohérence là où vous nous aviez appris à voir la séparation. D’avancer, même lorsque tout n’est pas encore clair.
Parce que nous savons, désormais, que sous les apparences de manque ou d’incertitude, quelque chose de plus profond subsiste. Un endroit où la vie n’est pas qu’une lutte pour exister. Où la paix peut être un point de départ, et non une récompense lointaine que vous nous promettiez sans jamais nous la laisser atteindre.
C’est dans cette direction que nous avançons.
Et sur ce chemin, votre place n’est plus nécessaire.
