Imagine-toi sur une plage ensoleillée.

La mer est calme, il n’y a pas de nuages. Tu respires à pleins poumons pour mieux sentir l’odeur de l’iode et tu enfonces profondément tes orteils dans le sable pour profiter de la douce sensation du contact avec ce sol mouvant.

Au loin, tu entends les rires de tes enfants, ou de ceux des autres, ne parvenant pas à couvrir le bruit agréable des vagues et de leur ressac.

Un vent léger te fait oublier l’intensité de la chaleur ambiante et lorsque ce n’est plus le cas, tu « piques une tête » pour te rafraîchir rapidement. Ou bien tout simplement pour profiter de la douce amertume du sel sur tes lèvres.

Il n’y a rien à perte de vue : seulement l’horizon rayonnant et la mer bleue se confondant avec le ciel, mais tu cherches quand même à essayer d’apercevoir l’autre continent. Pour rigoler… Ou peut-être voir un bateau au loin.
Ce petit coin de paradis, c’est le tien.

Ton moment de bonheur avant et après une longue année à travailler.

Bien qu’accéder à cet endroit soit gratuit, cet instant n’a pas de prix pour toi, car tu ne l’échangerais contre tout l’or du monde.

* * *

L’année d’après, tu reviens sur cette plage. Mais maintenant, un gigantesque parc d’attractions s’y est installé.
Tu te dis que ce n’est pas forcément une mauvaise chose, puisque ce doit être temporaire, alors tu vas y jeter un coup d’œil…

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a beaucoup de monde venu profiter des manèges. Chaque attraction a sa propre ambiance sonore, mais toutes ont les cris et les rires des gens et des enfants en trame de fond commune. Des lumières partent dans tous les sens, histoire de concourir à attirer ton attention.

Mais c’est peine perdue parce que tes enfants ont déjà repéré au loin la baraque à barbapapa et hurlent maintenant pour te presser d’aller te joindre à la queue interminable formée par d’autres parents tentant de soulager la convoitise de leurs marmots.

Bien sûr, tu apprends vite dans ce parc d’attractions que tout a un prix. Cinq euros la partie de tir à la carabine, dix euros les trois… A un moment, tu commences à calculer combien il te reste et à combien d’attractions supplémentaires tu vas pouvoir participer ou faire profiter ta progéniture devenue ingérable.

Tu réalises bientôt que c’est le revers de la médaille : pour un peu de distractions dans ce parc pourtant si ludique, il y a beaucoup à sacrifier, tant en argent, qu’en patience… qu’en paix !

Dans ce vacarme éblouissant, tu te souviens soudain qu’ici, jadis, demeurait ton temple de tranquillité. Ton royaume du bonheur n’a pourtant pas déménagé, mais maintenant, même en essayant de rester parfaitement attentif, tu es totalement incapable d’entendre le bruit des vagues qui te manque tant.

Couvert par la cacophonie des cris de la foule et du mélange des musiques, il est toujours là, mais tu l’as perdu.
Comment c’est arrivé ? Tu n’en as plus aucune idée…

Une chose est sûre : une grande injustice t’a séparé de ton paradis maintenant perdu, peut-être pour toujours.
Dans ton désespoir tu envisages même le pire : si ça se trouve, cette plage n’a jamais existé ailleurs que dans ton imagination fertile…

Et dans ces moments de doutes, tu ne cherches plus à te souvenir du confort de cette plage, mais à te prouver son existence.

Quand tu parles de cette plage à d’autres, certains rient, d’autres te proposent de rentrer dans leurs sectes. Certains vont te dénigrer et d’autres accepter de débattre sur les preuves de l’existence éventuelle de cette plage. Parfois, certains t’encouragent même à « tout faire péter » …

Mais ce qui est certain, c’est que quelque chose t’échappe dans ce parc d’attractions qui n’a finalement aucun sens. Et comme tu n’es pas encore assez maso pour reconnaître que c’est toi-même qui as oublié l’existence de cette plage, alors, tout ce mal-être qui t’envahit ne peut être que la faute du parc d’attractions lui-même. De ses manèges, de ses forains ou des clients. Bref, des autres.

Mais parfois, un miracle se produit.

Une toute petite coupure de courant se produit. La lumière et les musiques s’arrêtent. Les gens se taisent et le silence revient.

Enfin, pas tout à fait le silence.

Car en réalité, si tu écoutes bien, tu arrives à entendre le faible murmure des vagues.

Une nouvelle fois…

Tu es à ce moment-là.

Bienvenue chez toi, tu étais attendu.

Ce texte est un extrait de mon livre : Tout le monde devrait pouvoir réaliser un miracle :

Stéphane Lamur  

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