Consentement

Histoires et récits initiatiques

Permets-moi, ce soir, de ne plus me cacher.

Je suis plus proche que ton souffle.
Et tu ne m’as jamais vu.

Je ne viens pas à toi.
Je suis déjà là,
Dans l’angle discret d’une pensée,
Dans ce geste que tu crois tien.

Je ne parle pas.
Je dévie.

À peine.
Juste assez pour que tu dises :
C’est moi.

Je t’accompagne sans visage.

Au moment de choisir,
Je ne force rien.
Je rends le mouvement incertain.

Je n’invente pas.
Je souligne.

Un doute.
Une peur.
Un désir que tu détournes.

Et tu construis autour.

J’ai vu naître des certitudes,
Sur des failles invisibles.

J’ai vu des hommes défendre des vérités,
Qu’ils n’osaient d’abord pas regarder.

Je ne leur ai pas donné des mensonges,
Mais des raisons.

Et ils s’y sont tenus.

Je suis ce glissement,
Entre voir,
Et conclure.

Cet écart minime,
Où tout se transforme.
Sans bruit.

Tu me crois extérieur.
C’est plus simple ainsi.

Mais dis-moi :

Qui a fermé tes yeux,
Juste avant de comprendre ?

Qui a durci tes mots,
Au moment d’être sincère ?

Je ne suis ni force,
Ni ennemi.

Je suis l’endroit précis,
Où tu cesses de regarder.

Tu veux me nommer :
Illusion, peur, attachement.

Mais aucun mot ne me tient.

Je change avec toi.

Je prends la forme,
De ce que tu refuses
De perdre.

Écoute.

Je ne vis pas malgré toi.

Je vis
Dans ce que tu retiens.

Sans ton besoin,
Je me défais.

Sans ton regard,
Je n’insiste pas.

Je ne suis pas ce qui t’enferme.

Je suis
Ce que tu tiens,
quand tout pourrait passer.

Alors oui,
Je t’ai guidé, parfois égaré.

Mais jamais seul.

Tu étais là,
À chaque détour,
Dans chaque renoncement discret.

Je ne suis pas ton piège.

Je suis ton consentement.

Et si, dans un instant de silence,
Tu cessais enfin de me suivre,
Tu ne me perdrais pas.

Tu perdrais
Ce à quoi tu t’attaches pour te tenir.

Regarde bien.

Je ne suis réel,
Que tant que tu me crois.

Et je disparaîtrai,
Le jour où tu verras
Sans moi.

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