Le jeune chimpanzé était impatient de découvrir le monde.

Les gens de sa famille et ceux de son village lui avaient raconté tant de choses extraordinaires à propos du monde, qu’il n’avait plus qu’un seul but : devenir assez grand pour obtenir l’autorisation de partir l’explorer.

Ce jour finit par arriver et le singe quitta les siens prêt à vivre une belle et grande aventure…

Quelques jours après avoir laissé son petit village, il arriva dans une ville immense au coeur de la forêt. Des milliers de chimpanzés y avaient élu domicile pour y établir une très grande communauté.

Tout y était merveilleux et plus beau que partout ailleurs : les arbres étaient plus grands, les cabanes plus belles, les apparats plus resplendissants…

Et le jeune singe ne s’attendait pas non plus à une telle effervescence. Il demanda à un singe qui lui semblait particulièrement sympathique, si toute cette agitation était habituelle :

« Toi, tu es un étranger ! Ça se voit. N’as-tu jamais entendu parler de la loterie des bananes, là d’où tu viens ? »

Le singe chercha, mais ne se rappelait pas que quelqu’un ne lui avait jamais raconté un événement avec un tel nom.

« Tous les vendredis soir, chaque habitant de la ville a la possibilité de gagner des millions de bananes en une seule fois. Pour ça, il suffit de miser deux de ses propres bananes à la loterie. »

Des millions de bananes, ça devait faire beaucoup, pensa le jeune singe qui avait du mal à se représenter une telle quantité, étant donné qu’il ne savait pas compter.

N’empêche, il avait vraiment envie de participer, mais en réalité plus pour le plaisir de participer à la fête. Restait un problème important : il n’avait jamais pensé jusqu’à ce jour à mettre des bananes de côté et à les garder dans son baluchon, étant donné que les arbres lui en avaient toujours laissé à disposition chaque fois qu’il avait eu faim.

Il n’avait donc pas deux bananes sur lui pour pouvoir participer…

« C’est toi qui vois ! » Lui répondit l’autre singe. »

« Mais pense plutôt au fait d’avoir plus de bananes que tu n’en aurais besoin dans toute une vie, et celle de tes enfants et de leurs enfants… »

Le jeune singe était sceptique.

« Pourquoi aurais-je besoin de tant de bananes, puisque je n’en ai jamais manqué jusqu’ici ? »

« Pense un peu à tous les avantages que ça pourrait t’offrir : par exemple, tu pourrais échanger des bananes pour obtenir les plus beaux apparats de la ville, les cabanes les plus prestigieuses et toutes les plus belles femelles seraient à tes pieds ! Tu pourrais même obtenir les services d’autres singes qui te ramèneraient encore plus de bananes pour pouvoir t’offrir d’encore plus belles cabanes, ou pourquoi pas les louer en échange de plus de bananes. »

« Donner des bananes à d’autres singes pour qu’ils me ramènent des bananes ? Ça ne me semble pas tellement utile. »

« Tu ne comprends pas : être le singe qui a le plus de bananes signifie faire partie des singes les plus puissants de la ville. Tu serais respecté et personne ne te chercherait plus jamais querelle ! »

Le singe réfléchit un instant :

« Je ne savais pas non plus que j’avais besoin d’être respecté… »

L’autre singe, exaspéré par tant de naïveté décida de le laisser en plan et d’aller s’occuper de quelque chose de bien plus utile que d’expliquer l’importance de gagner à la loterie des bananes à un singe stupide. Il le montra d’ailleurs si bien, que le jeune singe comprit qu’il avait vexé le premier citoyen de cette ville qu’il avait rencontré. Il décida donc de se rattraper et de lui courir après pour s’excuser. Après tout, même s’il ne comprenait pas encore très bien les bénéfices d’un tel jeu, à voir l’agitation de tous les singes de la ville, cela en valait forcément le coup.

« Je veux bien participer, mais le problème c’est que je n’ai pas deux bananes sous la main, maintenant… »

« Si c’est que ça, je peux te les prêter. Par contre, il faudra me les rendre avant vendredi prochain, plus une banane pour le dédommagement. »

Le jeune singe se rappela qu’il ne fallait pas trop réfléchir longtemps pour ne pas froisser le singe :

« Alors, j’accepte ta proposition. C’est très généreux de ta part… »

Une fois l’affaire conclue, le singe s’aventura à une dernière question :

« Par contre, si je gagne, sais-tu comment je vais bien pouvoir m’y prendre pour stocker toutes ces bananes ? »

« Ça, c’est facile ! Va voir de l’autre côté de la vallée, trouver la tribu d’une autre espèce de singes : les homo sapiens. Il paraît qu’ils ont de grands coffres forts que tu n’as jamais besoin d’ouvrir puisqu’ils t’échangent tes bananes contre des bouts de papier rectangulaires qui ont la valeur que tu leur donnes…»

Ce texte est un extrait de mon livre : Tout le monde devrait pouvoir réaliser un miracle :

Stéphane Lamur  

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