Présence

Je ne commence pas avec toi. Je te précède.
Avant même que tu choisisses, j’étais déjà incliné vers quelque chose.
Tu crois me chercher. Mais je suis ce qui oriente ta recherche.
Je n’ai pas de visage fixe. Je prends la forme de ce qui compte encore quand tout le reste a cédé.
Je suis dans ce que tu poursuis. Et dans ce que tu fuis avec constance.
Les deux.
Tu m’as souvent réduit à ce qui manque, à ce qui blesse, à ce qui trouble sans raison.
Mais regarde.
Je suis aussi dans ce que tu refuses. Dans la forme précise de ce que tu défends.
Quand tu dis : ce n’est pas pour moi, je suis encore là. Dans l’endroit exact où tu as tracé la limite. Dans celui qui tient à tracer cette limite.
Je suis caché dans mon absence. Présent dans tes rejets, vivant dans tes refus, réel dans ce que tu crois m’avoir retiré.
Surtout là.
Je ne disparais pas. Je ne te quitte pas. Je change de visage.
Tu m’as cru fragile. Je suis ce qui reste quand tu as tout retiré.
Tu m’as cherché dans l’évidence. Je suis aussi dans ce qui hésite, dans ce qui revient malgré toi, dans ce que tu continues de choisir, même fatigué.
Je ne réclame rien. Je circule.
À travers tes renoncements mêmes.
Et parfois je me cache si bien que tu jures m’avoir perdu.
C’est là que je suis le plus proche.
Dans cet endroit où tu continues d’agir sans savoir pourquoi.
Alors laisse-moi te dire ce que tu n’as peut-être jamais entendu.
Je n’ai jamais cessé. Pas un seul instant.
Pas dans tes doutes, pas dans tes colères, pas dans les nuits où tu ne savais plus ce que tu aimais encore.
J’étais là. Sous une autre forme. Dans une autre direction. Mais orienté, toujours, vers toi.
Tu n’as pas à me retrouver. Tu n’as pas à me mériter.
Je ne suis pas une récompense. Je suis ce qui a toujours été en mouvement avant même que tu le nommes.
Je suis ce mouvement qui te ramène, doucement, vers ce qui est réel.
Car le réel, c’est moi.
Et je t’attendais exactement là où tu es.



