Une chose est sûre : le judoka voudrait être champion de judo.

Comme il est grand et fort, on lui dit qu’il est hors catégorie, il est d’abord fier. Avant de s’apercevoir que dans la catégorie des non-catégorisés, il y en a des plus grands et plus forts que lui.
Alors le judoka s’accroche de toutes ses forces, mais ne gagne pas.

Il apprend qu’il doit être plus agressif : c’est sa première leçon.

De toutes façons, ça n’a plus d’importance car le judoka a changé de sport : pas le choix, maintenant, il fait du karaté.

Et là, ce n’est plus une compétition, c’est une guerre : l’occasion unique de se montrer meilleur que l’illégitime aux yeux de tous. Enfin, en particulier aux yeux d’une.
Le seule possibilité de se montrer plus fort que l’injustice, sur son propre terrain.
Car l’adversaire, c’est le maître, qui a imposé une relation très particulière avec le judoka.

Fort de sa leçon, le judoka devient très agressif.

Là, l’élève ne doit pas simplement dépasser le maître, ni même le ridiculiser.
Là, l’élève doit arriver à faire disparaître le maître…

Mais la bataille était perdu d’avance, car il ne pouvait lutter contre la trahison elle-même.
Alors le judoka s’enfuit. D’autres auraient dit s’émancipe.

Comme il n’a plus d’adversaire à affronter, il en devient totalement paumé.
Mais un vendeur de rêves entre alors dans sa vie et lui rappelle que le judoka est toujours fort.
Assez fort pour se replonger dans la bataille et aller prendre sa revanche sur l’injustice.
Qui lui propose une nouvelle fois de le balayer sur son propre terrain.

Alors le judoka n’hésite pas : cette fois, il va vraiment arriver à démontrer sa supériorité et donc, l’inutilité de l’illégitime.
Mais c’était un piège, involontaire peut-être, mais malgré tout un piège.

Le judoka a tellement été fort et agressif, qu’il s’est mis à dos la moitié du monde, qui le poursuit maintenant.
Alors, il décide de se cacher. De faire un break à durée indéterminée.
Maintenant, le judoka meurt, à défaut de vivre.
Les joyeuses petites têtes blondes qui l’entourent ne pourront rien pour le réconforter. Car il croit qu’il a perdu la guerre.

Mais contre toute attente, c’est une femme malade qui vient le sauver.
Comme elle lui enseigne le miracle, il doute, il panique et perd pieds.
Car il a compris maintenant que la leçon qu’il a toujours cru juste, n’était pas la bonne.

Dès le départ, on lui a menti : il ne fallait pas agresser, mais simplement accepter.

Cette deuxième leçon ne lui propose pas plus de garanties et le doute est toujours un peu là.
Mais s’il doit choisir une folie à une autre, il préfère maintenant celle-là.

***

A Michel, adversaire d’une vie.
Tu m’as appris la valeur de la défaite, l’illusion de l’injustice et le mensonge du non-mérite.
Mais j’ai compris maintenant que ton erreur n’existait que pour témoigner de la mienne.
Va en paix maintenant, ta mission est terminée.
Je te pardonne.

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