Individu A :

Bloqué en plein centre-ville, avec sa voiture dans un bouchon qui ne se débloque jamais, l’individu A enrage au volant : il va être en retard à son rendez-vous. Ça fait maintenant 30 minutes qu’il est immobilisé au point mort et aucune voiture devant lui ne bouge.
Pas de solution, il ne semble pas qu’un quelconque pouvoir public dans cette ville, soit décidé à intervenir pour arranger la situation.
C’est toujours pareil avec les flics : quand il faut se mettre derrière un radar pour récupérer de l’argent, il y a plus de monde que lorsqu’il faut aider les citoyens…
Ce rendez-vous était vraiment très important. Le conducteur n’arrive plus à se calmer, car il sait qu’il va probablement perdre sa journée de travail à cause d’un con qui a décidé de bloquer une rue quelque part plus loin.
Seule idée, plus pour se défouler que d’essayer d’arranger les choses : l’utilisation sans retenue de son klaxon…

Individu B :

Heureusement qu’il a choisi d’utiliser son vélo aujourd’hui. Les pare-chocs s’agglutinent sans bouger dans cette rue et il aurait été vraiment très mal barré s’il avait dû se déplacer en voiture.
Seul problème, les voitures immobilisées dans ce bouchon continuent toutes de tourner et l’air commence à devenir carrément irrespirable par ici.
La pollution, pour un cycliste, c’est pas le top.
Maudits fabricants de voitures qui ont toujours plein d’idées pour améliorer tout, sauf la pollution au CO2…

Individu C :

Depuis la vitre de son bureau au troisième étage de son immeuble du centre-ville, il regarde en bas de la rue cet énorme bouchon qui s’est formé, obligeant les voitures à ne plus circuler.
En espérant que ça se soit débloqué tout à l’heure, car même s’il est encore trop tôt pour quitter le bureau, l’individu C ne voudrait pas avoir à affronter ça dans quelques heures.
Seul bémol, l’exaspération due à tous ces bruits de klaxons qui ne font qu’empirer. Et du coup, la migraine qui pointe le bout de son nez.
Tous des crétins ! Comme si klaxonner frénétiquement pouvait changer les choses…

Individu D :

Depuis la vue panoramique sur le quartier, au 77ème étage de sa tour d’affaires, l’individu D regarde attentivement la scène qui se déroule sous ses yeux.
Un grave accident dans une rue a mobilisé plusieurs ambulances gendarmes et camions de pompiers. Sûr, il y a des blessés, peut être même des morts…
Du coup, toutes les rues alentour sont paralysées par des bouchons et plus personne ne peut circuler. Mais quelle importance si quelques-uns sont en retard ?
L’individu D est davantage préoccupé par la gravité de l’accident et le sort des victimes.
Peut-être que si les gens arrêtaient de faire n’importe quoi au volant, ce genre de drame n’arriverait pas…

Individu E :

Assis à l’intérieur d’une ambulance, il réalise qu’il a de la chance de n’avoir qu’une simple fracture du bras – même si ça fait très mal –, car il semble que cet homme un peu plus loin, qui pleure discrètement, vient de perdre quelqu’un de cher dans ce tragique accident.

***

Un seul événement. Cinq individus, cinq réactions différentes.
Cinq jugements selon cinq points de vue différents du même événement.

Lorsque nous nous empressons de condamner rapidement ce qu’on a sous les yeux – en généralisant souvent : si c’est bien ou si c’est mal pour nous-mêmes, alors c’est bien ou c’est mal tout court – nous devrions peut-être reconnaître qu’il existe la possibilité de voir les choses d’un autre point de vue ou d’une façon différente.

Il y a toujours une autre façon de voir.

Il n’est pas nécessaire d’être très malin pour comprendre ça.

La vraie intelligence, c’est de s’abstenir de se prononcer lorsqu’on sait qu’on ne sait pas tout.

Lâchons prise.

Le bonheur est un choix

Stéphane Lamur    

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